« Philosopher à l’école » est « un exercice de la pensée que l’école a le devoir de transmettre à travers des savoirs et de la culture », l’apprentissage « d’un droit d’expression consacré par la Convention des droits de l’enfant », estime l’ICEM-pédagogie Freinet dans le dernier numéro de sa revue, « Le Nouvel Educateur ».

Deux articles portent sur les « Ateliers philo ». Il ne s’agit pas, explique Hélène Duvialard, documentaliste dans un collège « d’anticiper le travail de terminale, mais de permettre à des élèves de tous niveaux d’apprendre à exprimer leurs idées, écouter les points de vue des autres, les reformuler au besoin, de distinguer idée et exemple, de chercher des concepts sous la multitude des situations de la vie ; on s’essaie à penser et à prendre en compte la pensée des autres. »

C’est le cas avec des « ateliers philo » dans une école où « l’entrée dans les apprentissages (était) devenue tout simplement impossible (…) faute de pouvoir comprendre le point de vue d’un autre ou d’exprimer leur ressenti, sans parler de la difficulté de confronter une idée à une autre afin de la faire évoluer ». Des élèves du CE2 au CM2 sont réunis en petits groupes de treize et quatorze élèves, les prérequis sont basiques et indispensables pour établir un cadre « sécurisant » : être de préférence assis en cercle, avoir un souci d’égalité dans l’exercice de la parole ce qui suppose que le président de séance n’intervienne pas dans le débat, et que l’enseignant observe et inscrive au tableau les sujets retenus comme « à quoi sert l’école ? », « qu’est-ce que la liberté ? », « qu’est-ce que la honte ? ».

Une victoire pour eux

« Très durs toute la semaine et plus agités encore le vendredi » explique l’enseignante Florence Lavault, « mes petits élèves participaient et respectaient à la lettre le protocole ». Si les idées ne sont pas « extraordinairement originales », « c’est dû en partie à la nouveauté de la situation, c’était une vraie victoire pour eux que de donner leur avis, d’être entendus, l’un après l’autre, mais aussi d’être capables de différer la prise de parole, attendant plusieurs minutes entre l’idée et son expression (...) Finalement, une expérience très constructive, donnant du sens au langage comme outil pour penser le monde (…) reconnaissant la valeur de chacun et par là même l’intégrant à la société tout en lui permettant d’y être unique, “libre” dirait un des enfants de CE2. »

Dans son collège, Hélène Duvialard organise des « goûters philo » dans le « coin lecture, une sorte de petit salon dans un renfoncement du CDI après les cours alors que le collège est vide ». Le rassemblement de plusieurs niveaux facilite « le bon fonctionnement… les 6e se sentent légitimes puisque de toute manière la philosophie n’est pas une matière enseignée au collège et les plus grands sont à l’aise du fait de leur âge ». Chacun peut penser par soi-même dans une optique non narcissique « mais plutôt comme une des composantes du groupe (…) il y a prise de distance par rapport aux opinions communes et les bons jours, remise en question de ses représentations personnelles ».

« Parfois les élèves repassent au CDI pour me raconter que d’autres idées sont venues, car les élèves adorent donner le thème du goûter philo à certains professeurs qui se font un plaisir de jouer le jeu ». Elle recommande toutefois un minimum de méthode et propose de s’appuyer sur les écrits de Michel Tozzi, Oscar Brenifier et Sylvain Connac. 

Le Nouvel Educateur, n° 231, février 2017